Dans l’article précèdent : Mon remède spécial à la dépression, je vous ai parlé de comment traverser la tristesse, aujourd’hui, nous allons parler de la colère.
« Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas,
la flamme ne te consumera pas. »
Is 43, 2
Dans mon éducation la colère était l’émotion interdite. Associé au fait d’être « méchant » ou bien d’avoir un manque de contrôle de soi. À chaque fois que j’exprimais de la colère on me disait : « tu es fatiguée va te coucher » et j’ai acheté ça. Si bien qu’aujourd’hui, lorsque je voudrais me rappeler les raisons de mes colères d’enfant : je ressens de la confusion et comme un trou dans ma mémoire. Comme si cette colère n’avait pas lieu d’être. Comme si j’avais dérapée, j’avais agis de façon disproportionnelle par rapport à la situation, un peu comme une folle enfaite. D’ailleurs jusqu’à peu j’associais dans mon esprit toute démonstration de colère a de la folie. On utilise l’expression : « être hors de soi » pour parler de cette émotion, et vraiment, pour moi, c’était ce que ça voulait dire.
Lors d’un stage de développement personnel que j’ai fait, on devait danser chaque émotion. Arrivé à la colère : je me suis sentie démunie. C’était une sorte de musique tribal bien ancrée dans le sol. J’étais en mode : « Ils veulent pas nous mettre une musique bien hard plutôt ? Qu’est-ce que c’est que ça ? » Je crois que je confondais expression de la colère et violence. Et je galérais de fou à essayer de ressentir quelque chose. Plus tard j’ai appris que la colère c’est l’émotion associé à la défense du territoire, celle qui permet de poser ses limites, de parler avec autorité et de dire « Je suis ». En fait la colère c’est pas « être hors de soi » c’est plutôt un signal d’alerte à l’intérieur de soi. Elle n’a rien à voir avec la violence : c’est davantage une force intérieure, qu’une force contre l’autre. Si elle a pu faire peur à mes parents et à d’autres, c’est parce que parfois c’est difficile de voir que son enfant est différent de soi, qu’il a son territoire et sa propre identité.
En grandissant, j’ai choisi la voie des people pleaser, tout un programme ! Jusqu’à ce que je pète un câble. J’avais tout bien fait comme on me l’a demandé ! J’avais obéis ! Et quelle était ma récompense ? Rien !!! Je manquais de modèle pour accéder à ma colère et j’ai vite plongée dans la vengeance : j’avais tellement de haine envers toutes les figures d’autorité : mes parents, l’État, l’Église, Dieu, le système patriarcal… En fait j’étais surtout en colère contre moi d’avoir été si naïve et d’avoir remis ma puissance entre les mains de quelqu’un d’autre et d’attendre qu’ils devinent mes besoins et les satisfassent. Je voulais montrer au monde que je n’étais plus naïve, plus dupe de tout ça et que maintenant vous allez voir ce que vous allez voir !!!
Un espace pour dire je suis en colère P*****
Mon accompagnateur spirituel de l’époque m’a dit : « Si tout était permis, qu’est ce que tu dirais à Dieu ? » Je lui ai répondu : « Je Le traiterai de Connard. » (excusez moi je n’ai pas censuré celui-ci).
Il m’a répondu calmement : « Et bien vas-y, fais le, et vois comment Il réagit. »
Du coup j’ai fais ça pendant 3 mois. Je L’ai traité de connard. Et je Lui disais : « Pourquoi Toi qui peux tout, Tu me fais vivre toute cette m****, c’est quoi ce délire ? T’es un sadique en fait, c’est ça ? » Je m’énervais sur les vélib’ quand je les remettait sur les bornes (Toi même tu sais). J’avais tellement de colère et Dieu m’a offert un espace pour que ça sorte. Il était là pendant que je Le traitais de tous les noms, il a veillé sur moi, sur ma traversée du feu et grâce à Lui, les flammes ne m’ont pas consumées. En fait jusqu’ici je n’avais jamais osé être en colère contre personne, c’est étonnant que le premier que j’ai choisi, c’est Celui qui avait le pouvoir de me foudroyer en la minute 😉
Quoi qu’il en soit, j’ai adoré ça et Lui aussi et maintenant, on peut tout se dire. Dieu c’est le premier que je vais voir lorsque je suis en colère, c’est Lui le grand témoin de mes moments « syndrome de Tourette ». Dans l’Évangile Jésus dit : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Pour moi on se méprend sur la pureté : on l’associe souvent soit à la naïveté, soit au fait de souffrir en silence. Pour moi ça n’a rien à voir avec la pureté ! La naïveté comme le sacrifice peuvent être une forme de déni et de mensonge à soi-même où l’on ne s’écoute pas et où l’on coupe l’accès à ses ressentis. Et si la pureté c’était notre essence ? L’eau pure ça veut dire qu’il n’y a plus de résidus, qu’on a enlevé tout ce qui n’était pas l’eau, pour qu’il ne reste plus qu’elle. Quand je regarde vers Dieu et que j’enlève mes faux semblant, mon masque de jeune femme Sainte et Sacrificielle et que j’ose dire mon émotion : je suis face à Lui et je Le vois et je me vois. C’est un espace sacré, le cœur de mon cœur. Le Temple de Dieu.
Toute émotion est une énergie vitale, en refoulant ma colère l’addition est salée. C’est comme si l’énergie, qui est normalement toujours en mouvement, stagnait à l’intérieur de moi. Du temps où je ne savais pas accompagner cette émotion, j’avais besoin de dormir 9-10h par nuit (parfois plus quand on me contrariait). Je ressentais tout à coup de l’ennui profond, des migraines, je compensais par des films ou du sucre pour arrêter de ressentir quoi que ce soit. J’avais des élans de haine qui m’effrayaient et dont je ne savais pas quoi faire. J’avais peu d’estime de moi, dû au fait que ne m’affirmais pas. Je croyais que l’autorité c’était pour les autres et je me sentais si fragile que j’avais peur de casser au premier coup de vent. Le fait de ne plus refouler cette colère et enfin de l’exprimer et que ça sorte ça m’a déchargée d’un grand poids.
Pour accompagner l’expression de la colère, il ne s’agit pas de se décharger sur les autres. Personne n’est responsable de ma colère, une personne peut la déclencher mais c’est moi qui la ressent. Voici plusieurs méthode que l’on m’a enseigné pour décharger : courir, crier dans un coussin, danser. Cela peut aussi être : l’exprimer à quelqu’un en lui précisant bien que c’est un temps de décharge et en lui demandant s’il est ok pour ça (c’est bien de mettre un chrono dans ces cas là, pour pas que ça s’étende trop longtemps et pour se donner la permission de passer à autre chose). Il y a aussi une méthode de décharge près d’un élément naturel : la nature, l’eau, le feu, la terre… Tu peux t’imaginer qu’à chaque expiration tu te décharges de la tension dans l’élément et qu’à chaque inspiration tu te recharges en énergie vitale et pure. Je pratique tout cela et ça m’aide magnifiquement. 👌
Les émotions sont un signal de notre corps pour nous parler de ce qu’on ressent au fond de nous. Les écouter c’est entrer dans la découverte de soi. La colère peut faire peur car elle est puissante. C’est ce cri de l’existence qui dit : « J’existe ! ». Elle définit nos limites, nos contours, c’est la gardienne de notre espace et grâce à elle, notre cœur se sent alors en sécurité pour se déployer et aimer davantage.
Partage nous dans les commentaires comment tu perçois l’émotion de la colère. Est-ce que tu l’écoutes comme un signal de ton corps ? Est-ce qu’en lisant cet article tu la perçois autrement ? Est-ce qu’il y a une des techniques de décharge que tu as envie de tester ?
